Armelle LC

Armelle LC

Rencontre avec une des artistes, chanteuse harpiste et compositrice, les plus douées de sa génération avec une entrevue au conditionnel :

Quel artiste aurais-tu aimé être ?

A vingt ans on m’a posé cette question, et j’avais répondu sans hésitation Kate Bush, qui était ma grande idole. Depuis j’ai appris à devenir Armelle LC, et aujourd’hui je ne souhaite plus être personne d’autre, même si je trouve toujours Kate aussi magnifique et connais son oeuvre par coeur. On me compare souvent à elle, et cela m’étonne toujours car je trouve sa voix plus extravertie et solaire que la mienne, qui me semble plus lunaire, et nous sommes aussi de cultures différentes. Cela dit, on me dit aussi que ma voix rappelle celle de Björk, et pourtant je trouve que les voix de ces deux artistes magiques ne se ressemblent pas…Selon mes morceaux il y a des similitudes avec l’une ou l’autre peut-être…

Avec qui aurais-tu aimé collaborer ?

Je suis aussi très fan de Peter Gabriel et j’aurais adoré collaborer avec lui. A vingt ans toujours, j’avais des visions de moi choriste sur ses concerts! Depuis 2000 j’ai dû lui écrire tous les 5 ans à peu près au fur et à mesure que mon projet se construisait, j’aurais aimé que mon album soit signé par Real World, mais je réalise maintenant que ce n’était pas très réaliste, tous les à-côtés marketing, logistiques et financiers m ‘échappaient totalement…

Quel serait pour toi le duo idéal ? 

Eh bien pour rester cohérente, je dirais qu’il a déjà eu lieu pour moi avec « Don’t give up », ce sublime duo entre PG et Kate qui comme chez beaucoup a joué un grand rôle dans ma vie. J’ai du coup été particulièrement heureuse d’en chanter en 2013 une reprise dans une collaboration avec Squonk66 et TNO, qu’on peut entendre sur Youtube. Sinon j’ai donc forcément rêvé de chanter un duo avec Peter Gabriel, et je lui avais même écrit pour lui proposer d’interpréter le refrain sur mon morceau « Where (the drift) ». Je dois dire que puisque je n’ai pas eu de réponse, j’ai eu grand plaisir à le chanter moi-même! 🙂 A vrai dire j’avais imaginé enregistrer ce titre à Real World, son enregistrement m’a au final donné beaucoup de fil à retordre, et il a nécessité pas moins de 5 ingé-sons! Ce titre est le dernier de mon album.

Armelle LC

Quel serait pour toi le concert idéal ?

Un concert où tous les à-côtés seraient pris en charge, où je n’aurais qu’à monter sur scène, et où avant, après, je serais bichonnée. J’aime bien être bichonnée! 🙂 Seulement il faut être très connu et avoir toute une équipe autour de soi pour ça, pour les plus petits artistes, ce sont souvent des conditions à la dure, il y a le matériel à porter, tout à organiser…et lorsqu’on arrive sur scène c’est facile d’être vidé de son énergie, moi encore plus qui ai une santé fragile. Je me rappelle avoir observé avec fascination en concert l’accordeur de harpes d’Alan Stivell, qui avant la montée sur scène et après l’accordage préalable revenait tous les quart d’heures vérifier que l’instrument ne s’était pas désaccordé…ou encore une assistante de Jacques Higelin que je voyais cachée derrière le rideau, ne le quittant pas des yeux, et soudain bondissant de sa cachette pour le moucher en pleine chanson et lui masser les cervicales..! Tous ces petits à-côtés échappent en général au public mais pour faire un bon concert, il faut avant tout être dans les meilleures conditions physiques et psychiques possibles. 

Ensuite, l’idéal est d’avoir une audience qui est venue pour toi, qui en partie au moins connait tes chansons, qui a envie de les retrouver. Cela facilite l’échange je trouve. 

Enfin, l’idéal pour moi serait de trouver ma petite équipe. J’ai fait beaucoup de concerts solo dans le passé et je souhaite à présent élargir ma présence scénique, ne serait-ce que pour rappeler un peu l’ambiance de l’album qui est plutôt du genre étoffée, avec ses vingt musiciens participants! 

Quel serait pour toi le groupe idéal ? 

Juste deux musiciens je pense, mais polyvalents, capables de passer d’un instrument à l’autre. Par exemple, un.e qui saurait jongler entre guitare, basse et claviers, et l’autre entre beatbox, percus, sons d’ambiance divers, éventuellement quelques machines. J’ai surtout besoin de créer des ambiances autour de moi, pas d’avoir des démonstrations instrumentales, et selon mes morceaux, les besoins sont diffé rents. Il suffit d’un peu de présence rythmique ici, ou d’un peu de présence atmosphérique là, pour habiller et donner de la puissance à une chanson. Je souhaiterais des musiciens qui connaissent et aiment mes chansons, je ne leur demande pas de reconstituer note par note la version studio ce qui serait impossible, je suis toujours heureuse de revisiter mais cela dit, il y aussi un univers à respecter, les gimmicks, leitmotivs, contrechants des arrangements étant partie intégrante du morceau. Qui reprendrait Hotel California en ommettant le solo de guitare de la fin? C’est pareil pour mes titres. Cela peut sembler évident mais je dis ça car j’ai eu des expériences où les musiciens partaient dans des impros totales, et ça devenait vite le chaos… 🙂

J’ai fait mes premiers pas musicaux dans le classique, et j’ai une certaine tendance à jouer « rubato », de plus en tant que harpiste et aussi par nature je suis plutôt de tendance contemplative, aussi je pense que pour la santé mentale de tous, il vaut mieux du beatbox en concert que de la batterie au service de mes chansons 🙂 J’aime bien mettre un peu d’électro dans mes compos, mais je dois avouer que je me trouve vite enfermée dans le rythme implacable de la machine. Je dois pouvoir respirer…!  

De plus, comme je ne suis vraiment pas douée avec la fée électricité même si j’aime beaucoup ses effets, j’ai besoin à mes côtés d’experts de ces aspects technologiques, et donc, embarquer dans le groupe un ingé-son me semblerait essentiel. 

Et comme la musique, c’est de la relation, des vibrations, l’idéal serait bien-sûr que tout ce petit monde soit non seulement compétent mais aussi sympa, flexible, à l’écoute les uns des autres!

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Quel serait pour toi le studio d’enregistrement idéal ?

J’ai évidemment pas mal fantasmé sur Real World, ce studio mythique et lieu magique en pleine nature…aujourd’hui avec l’expérience, je pense que le studio idéal c’est simplement celui où on a tout son temps, où les contingences financières ne nous forcent pas à une course perpétuelle contre la montre, où bien-sûr, il y a suffisamment de matériel pour faire du bon travail, et surtout où on peut travailler avec des ingé-sons sympas et talentueux, qui ont un bon ressenti du projet. Tout un programme n’est-ce pas! Après, l’environnement est un plus bien-sûr, mais là n’est pas l’essentiel, car quand on est immergé dans le projet, on ne voit de toute façon pas le jour…L’idéal est donc sans-doute le home studio bien fourni, mais je n’y suis pas du tout car je ne sais pas gérer l’aspect technologique, et d’ailleurs sur tous mes titres, ce n’est pas moi aux manettes sur l’ordi, même si je crée souvent la musique programmée, je fais les choix mais pas la manoeuvre…Sur les douze titres de mon album j’ai travaillé de bien des manières différentes, avec en tout et au fil du temps une bonne douzaine d’ingé-sons, aux méthodes elles aussi diverses. C’était intéressant, de voir les méthodes et spécificités de chacun. Sur seulement deux chansons dont la dernière, ‘Where’ toujours, j’ai un moment travaillé avec un duo d’ingé-sons et j’ai trouvé cette configuration particulièrement fructueuse, car la complémentarité des approches peut permettre une bonne synergie. Les derniers enregistrements de l’album se sont faits chez moi et c’était aussi finalement très confortable d’être dans mon univers. Sauf que j’étais aussi à la cuisine et l’hébergement, ce qui rendait du coup compliqué la concentration..! 🙂 Pas évident du tout de trouver la formule idéale…Pour une prochaine fois, je pense que je mélangerai beaucoup de home studio avec un peu de studio pro juste pour les pistes où la prise son est la plus exigeante.

Quelle serait pour toi la carrière idéale ? 

Carrière est un mot plutôt étranger à mon vocabulaire; d’un champ sémantique assez masculin peut-être. Je préfère les mots parcours, ou même chemin. Réaliser des choses oui, prendre le temps qu’il faut pour y parvenir, et surtout essayer d’être, pendant tout ce temps-là. Finalement la carrière c’est comme le titre de mon album, une Dérive; on a un cap, on essaie de le tenir, et on en est dévié en permanence, et souvent, tel Christophe Colomb, on n’arrive pas là où on croyait. Des routes et déroutes pour reprendre les mots de l’écrivain-voyageur Nicolas Bouvier, de belles aventures et découvertes sont à la clé. Cela n’empêche pas d’avoir un cap bien-sûr, et sans celui-ci on ne serait pas parti, ni arrivé nulle part.

Je suis avant tout une introvertie, au sens où je suis portée à l’intériorité, à l’introspection. J’aime bien les mouvements de foule, aller explorer à l’extérieur, mais ce n’est pas mon biotop essentiel. Il y a tant de manières différentes d’échanger. Bien-sûr j’ai eu de belles émotions en concert, mais je dois avouer qu’elles ont rarement égalé celles que j’ai ressenties au contact d’enregistrements studio, à la musicalité souvent plus aboutie. Pour moi rien ne vaut la communication seul à seul avec l’artiste, qu’il soit singulier ou pluriel, au plus près de son souffle et de l’oeuvre.

Je n’ai jamais été un pilier de bars ou de concerts et donc cela ne relève pas de l’évidence pour moi d’en faire. Aussi je vais de nouveau citer Kate Bush, qui a réussi le tour de force d’avoir la carrière qu’on connait avec une seule tournée à 20 ans, avant d’en offrir une autre à ses fans trente-cinq ans plus tard. Là c’est pour moi la carrière idéale, le succès de sa jeunesse lui a permis d’avoir tout le loisir de développer sa création à sa guise. C’est ce qui prime pour moi, pouvoir mettre l’accent sur la création avant tout. Prendre en plus du temps pour moi est essentiel, ne serait-ce que pour permettre justement la gestation des oeuvres. Dans l’apparente tranquillité, les choses se construisent en secret, on le sait bien, la nature a horreur du vide. D’autres artistes que j’ai beaucoup écoutés ont aussi fait ce choix, souvent difficile, par exemple, XTC. Je pense aussi à la merveilleuse poétesse américaine Emily Dickinson qui a réalisé une oeuvre monumentale sans sortir de sa chambre. Et qui paradoxalement, se retrouve aujourd’hui souvent chantée et fait le tour du monde des scènes presque deux siècles plus tard. Cela dit, je ne serai pas si extrême, j’aimerais remonter sur scène mais l’idéal pour moi serait de faire juste quelques dates choisies par an. Certains festivals m’ont déjà approchée, aussi en ce qui me concerne ma problématique n’est pas de trouver les dates, mais plutôt de proposer une performance à la mesure de mes objectifs.    

Quel serait ton rêve musical le plus fou ?

J’en ai plusieurs! Alors si on ouvre la boîte de Pandore…ressortirait le vieux rêve d’être choriste sur un concert de Peter Gabriel…ça doit être une expérience fabuleuse de faire une grande scène comme ça, et particulièrement en personnage secondaire, c’est moins stressant et ça me semblerait une excellente formation!Sinon je voudrais plus d’instruments, un synthé par exemple, mais surtout plus de harpes, entre autres une celtique de luthier, et une celtique électrique 36 cordes, blanche! Et cela fait longtemps que je voudrais me remettre à la harpe classique, donc du coup, une sobre classique au son moelleux bien résonant, et tant qu’à faire, une classique électrique en plus, allez, disons couleur de lune argent! 🙂 Mais du coup il me faudrait avec une formation pour amadouer la fée électricité justement…et toutes les pédales qui vont avec…et un formateur très très patient! Alors un studio avec toutes ces harpes à disposition, quelle inspiration ce serait! Je pense que je pourrais alors enregistrer instantanément un album d’impro…ça me tente, de faire un album d’impros, après m’être pas mal pris la tête avec mes compos multi-instrumentales, ça me ferait des vacances!
Plus sérieusement, pour mon prochain album de chansons j’aimerais me faire seconder à la réalisation; je suis fière d’avoir été au bout de moi-même avec L@ Dérive (the drift) et d’en avoir signé la direction artistique mais cela m’a donc pris fort longtemps 🙂 et n’a pas été facile. Mon rêve le plus fou? Trouver la perle rare qui mettrait en sons mes arrangements, à l’écoute et ouvert.e au dialogue, qui comprendrait mon  univers et lui permettrait de prendre de l’ampleur…Yvan Cassar, que j’ai connu dans l’enfance au conservatoire? Edith Fambuena, pour aller vers une ambiance Baschung? Un outsider? Wait and see… 

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