Bruno Karnel – Las Ilusiones

Bruno Karnel – Las Ilusiones

(Rock/World – paru le 16 septembre 2021)

Bruno Karnel est […] un multi-instrumentiste doué et inventif qui met ses arrangements au service de la grâce de ses mots, de ses notes et de sa voix, qui nous enchantent à chaque fois un peu plus.

Bruno Karnel est un de nos coups de coeur sur la Musique dans la Plume que nous chroniquons à chacune de ses sorties avec plaisir (NDLR : nous avions déjà écrit sur son album “Amra” en duo avec Frédéric Gerchambeau et son live “Evaporation des voix off“).

Le prophète du Rock Nomade, style qu’il s’est attribué et qui, il faut bien le reconnaitre, lui va comme un gant nous emmène loin, très loin au gré des douze nouveaux titres (+ deux titres bonus) qui composent « Las Ilusiones ».

Une première couleur apparaît, elle est latine, évoquant sur plusieurs titres sa passion pour le continent sud-américain avec ses mots mais aussi avec le charango, un instrument qu’il ramena du Pérou et qui fait partie de son instrumentation mais aussi avec le cajon et les diverses percussions qui ornent le disque. Et des couleurs il y en a sur ce magnifique CD, couleurs sublimées par les instruments typiques de tel ou tel régions à l’instar du domra (Ukraine) et du saz (Turquie).

Le titre “Medialuna”, sorti en premier single il y a quelques mois ainsi que “La noche se achaplina” sont les témoins de la passion de Bruno pour l’Amérique latine, tandis que “Nuevo Eden” raconte la vie des habitants d’un village d’Amazonie, “Víctor, victorieux” rend hommage au poète martyr du régime chilien, Víctor Jara (1932-1973).

Parmi les pépites de cet album, un poème de Nezahualcóyotl, un prince-poète de l’ancien Mexique, se voit ici adapté avec un texte chanté dans sa langue d’origine, le nahuátl, langue que l’artiste avait déjà utilisé sur Amra et qui conclut l’album, en bonus, sur une reprise rock de Lila Downs, Icnocuicatl.

Les textes, comme à l’accoutumée, sont poétiques, modernes, mystérieux et certainement mystiques. En français principalement, et parfois avec une pointe d’anglais et d’espagnol, ils peuvent être lus seuls et n’ont rien à envier aux poètes surréalistes. Musicalement, l’influence d’Hubert Félix Thiéphaine est bien présente, certes, mais avec une identité propre, tout comme l’ombre du Genesis des débuts qu’on retrouve dans certaines sonorités et dans sa façon d’appréhender les mélodies, mélodies toutes plus belles les unes que les autres, mention spéciale pour “Rebooting Clouds” et ses sons de guitares acoustiques et de mandolines particulièrement majestueux. 

Bruno Karnel est, en plus d’être un auteur-compositeur interprète de talent, un multi-instrumentiste doué et inventif qui met ses arrangements au service de la grâce de ses mots, de ses notes et de sa voix, qui nous enchantent à chaque fois un peu plus.