Cynic – Focus

(Roadrunner – Death Metal technique – paru le 13 septembre 1993)

Lorsque cette ovni a atterrit sur ma platine CD dans le courant des années 1990, ma vision du metal et de la musique a été bouleversé à tout jamais. 

Cynic est un groupe de death metal issue de la scène floridienne, de Tampa plus précisément, lieu mythique pour ce genre particulièrement riche qui a vu naître toutes les grandes formations du style (Death, Morbid Angel, Obituary, Nocturnus, Atheist…)

Après quelques démos et un passage très remarqué de Paul Masvidal (guitariste) et Sean Reinert (batteur) au sein de Death pour l’enregistrement d’un autre chef d’œuvre de metal technique, « Human », le groupe s’attelle enfin à l’enregistrement de son premier album aux prestigieux Morrisound Studios sous la houlette de Scott Burns, magicien des lieux. Ce disque est un miracle à plusieurs niveaux, en premier lieu, il faut savoir que les musiciens ont connu de nombreux déboires lors des pré-productions. Lors de la tournée avec Death, leur matériel a été séquestré par le transporteur qui n’avait pas été payé à cause d’un tourneur malhonnête, et qui a retardé de neuf mois l’enregistrement. Et puis l’ouragan Andrews qui a dévasté Miami en 1992, lieu de villégiature du second guitariste, qui mît à mal l’intégralité du matériel du groupe retardant encore de plusieurs mois l’entrée en studio du quartet. C’est donc dans ces circonstances particulières que ce chef d’œuvre a été conçu.

L’album démarre sur le désormais classique du groupe « Veil of Maya », un bijou de technique et de fusion. Le fabuleux mélange entre les voix gutturales et les voix vocodées fonctionne à merveille, les solos de guitares sont fluides et toujours mélodiques, l’alternance entre les sons clairs très jazz et les passages purement metal s’enchaînent malgré des cassures franches qui peuvent dérouter l’auditeur habitué à un style de death-metal classique. Le tout est subtilement rythmé par le jeu de batterie de Sean Reinert, la basse fretless et le stick Chapman de Sean Malone afin de transporter l’auditeur dans un vortex avant-gardiste certain. 

L’album bien que court (36 minutes) déroule 8 titres parfaitement ciselé avec en guise d’apothéose le final d' »How Could I » et son solo de guitare/guitare synthé. A noter, l’instrumental « Textures » morceau qui s’affirme le plus jazz de l’album et qui prouve à quel point les musiciens de cette formation, bien que jeune à l’époque, sont déjà des pointures. 

Question influences, le groupe revendique de nombreux points de convergences (Bach, Pink Floyd, King Crimson, Mahavishnu Orchestra, Pat Metheny, le New-age, la World music…) qui lui permettent de s’affranchir des frontières du metal ainsi qu’une philosophie zen assumée tant dans l’écriture des textes que dans le choix esthétique de la peinture de Robert Venosa illustrant le disque.

La séparation du groupe quelques temps après la sortie de « Focus » finira d’asseoir la réputation de Cynic, et son album unique jusqu’en 2007, date de leur réformation pour le plus grand bonheur des admirateurs du combo. Cet album a influencé bon nombre de groupes et de musiciens « progressifs » (Between the Buried & Me, Textures, Obscura, Scale the Summit, Kalisia, Misanthrope…).